Le modélisme ferroviaire, toute une histoire !
Sans remonter aux années d’avant-guerre où le « train électrique » est un loisir pour enfants gâtés (et sages ?), nous pouvons dater l’apparition du modélisme grand public à l’après-guerre et aux trente glorieuses qui voient les loisirs se démocratiser.
En quelques années on va passer des gros trains à l’échelle 0 (zéro=1/43,5) à l’échelle HO (half zéro= 1/87). Les fabricants historiques tels Märklin en Allemagne, JEP en France et Hornby en Grande-Bretagne vont soit s’adapter à la nouvelle époque soit disparaître !
Dans les années 50 le train HO oscille entre les jouets de bazar et les modèles encore grossiers mais au fonctionnement reconnu. D’un côté le modélisme à l’allemande avec une fiabilité parfaite et de l’autre des trains en tôle emboutie ou en plastique au devenir incertain.
Mais sous l’effet de la concurrence entre marques allemandes, anglaise, italiennes et françaises, les choses évoluent vers des modèles plus fins et des décors adaptés à leur mise en valeurs. En France, d’un côté Jouef joue la carte de la démocratisation avec des matériels bon marché tandis que quelques artisans proposent des modèles en petites séries beaucoup plus chers. Les années 60 voient donc un marché se développer tiré par un pouvoir d’achat en hausse. On voit alors se développer des réseaux aux multiples voies et embranchements qui seront rapidement discrédités sous le label de « plats de nouilles ».
Pourquoi ? Parce que cela correspondait assez peu finalement aux réalités ferroviaires observables. La réaction progressive va se concrétiser après des manifestations grand public au Bourget puis, en 1976, dans l’ancienne gare de la Bastille. La révolution, non violente, va prendre un nom « modélisme d’atmosphère ». Atmosphère, atmosphère ! C’est bien parce qu’il n’avait pas une gueule d’atmosphère ferroviaire que le modélisme va changer pour tenter d’évoquer au mieux des époques, des lieux et des ambiances s’inspirant plus étroitement du réel, fût il mythifié et embelli.
Désormais, il est question d’atmos fer et les modélistes chevronnés ayant pignon sur rue, par revues interposées, vont s’employer à promouvoir cette nouvelle orientation. Les expositions dont le salon du modélisme de la Porte de Versailles vont valoriser les réalisations relevant de cette catégorie en leur donnant un large écho.
Dés lors, les années 80 sont celles d’une approche à la fois intellectuelle, psychologique et artistique très fine et trèsfondées. Laissons donc parler les pionniers : « ce travail de création est l’une des activités les plus passionnantes du modélisme et je ne crains pas de dire que j’y vois une forme de l’art (…) (le modéliste) réalise une synthèse à partir d’éléments mis en réserve dans sa mémoire au fur et à mesure que le monde qui l’entoure pénétrait en lui sous forme de sensations associées à des émotions ». « La réalisation matérielle qui en résultera sera l’expression de sa personnalité, ce sera son œuvre, et que nul autre n’aurait conçue dans la même forme à partir des mêmes matériaux et que nul autre que lui ne contemplera avec le même regard ».
Depuis le modélisme n’a cessé d’intégrer les nouvelles technologies dont le numérique qui dans des dioramas désormais plus inspirés permet d’évoquer des univers transposés toujours plus évocateurs et merveilleux. Qui a dit que « le voyage est le début du rêve » ? Pour le modéliste il est en réduction le chemin d’une grande aventure intérieure.